[Mise à jour du 26/04 à 22h20: ajout du compte-rendu de Narvic]

Il y avait du monde (une centaine de personnes) pour assister au débat organisé jeudi soir par le SNJ autour de la question très nuancée: le web, sauveur ou fossoyeur du journalisme?

Etant à la tribune, je ne suis pas le mieux placé pour rendre compte des débats. La tentative d’enregistrement audio que j’ai fait s’est lamentablement heurtée à un problème de batterie en fin de vie. On ne peut vraiment pas tout faire en même temps.

Pour essayer de convaincre de l’intérêt du participatif ceux qui ne l’étaient pas, je lance un appel à venir compléter, enrichir, affiner, contester ce que je vais écrire. Les commentaires de ce billet attendent vos contributions.

Pour une première vue sur le débat, on peut se reporter au compte-rendu établi par Frédéric Cognard sur son blog.

[Mise à jour] Compte-rendu également disponible sur le blog de Narvic

Un sentiment commun: la peur

Premier élément que je retiens des échanges, c’est un sentiement de peur assez diffus face aux évolutions en cours. Une peur de la mise en place de medias low-cost et des salaires/statuts qui vont avec; une peur aussi d’un accroissement sans fin de la charge de travail au nom du multimédia avec comme corollaire une diminution de la qualité; enfin, une peur plus fondamentale sur la place et le rôle du journaliste dans la société.

Ce sentiment de peur ne se traduit plus, comme on le voyait il y a quelques années, par un refus pur et simple d’envisager le web comme un média à part entière. Au contraire, les journalistes (jeunes et moins jeunes) présents m’ont sembler chercher des clefs pour comprendre.

Quel modèle économique?

La question du nerf de la guerre a occupé une bonne partie des interventions. Au risque de caricaturer, je dirais rapidement que 4 attitudes se sont exprimées:

  • Gérard Desportes (Mediapart): l’information a un coût, elle doit donc avoir un prix et il est plus sain que ce soit le consommateur d’info qui la paie directement.
  • Philippe Cohen (Marianne2): notre fréquentation et nos recettes progressent. La situation est en mouvement et va plutôt dans la bonne direction même si nous sommes encore loin de l’équilibre.
  • Vincent Nouzille (Backchich): nous sommes une petite PME, nos moyens sont beaucoup plus modestes que notre enthousiasme et nous cherchons à multiplier les recettes (ventes de pdf, revente de contenus à la presse quotidienne régionale, …) pour tendre vers l’équilibre.
  • Philippe Couve (Atelier des médias | RFI): Les sites d’information ne fournissent aujourd’hui que de l’information coûteuse à produire et ils ont renoncé à l’info service dont d’autres se sont emparés (exemple: il y a 15 ans, il fallait en passer par la presse pour connaître les horaires de cinéma; aujourd’hui, ça se passe sur le Net et pas sur des sites de médias). Dans la presse écrite, les pages moins chères à produire aident à financer les reportages plus coûteux.

Journaliste multimédia?

A la question « un journaliste doit-il savoir tout faire aujourd’hui? », j’ai répondu « oui » à la consternation d’une partie de la salle. Effectivement, je pense, et c’est le sens de la spécialisation multimédia mise en place au CFJ, que les journalistes aujourd’hui doivent maîtriser les bases de tous les médias (écrire, écrire pour le web, enregistrer du son, prendre des photos, tourner de la vidéo).

C’est ensuite que ça se corse. Plusieurs voix se sont exprimées dans la salle pour dire en substance: « en plus de notre travail habituel, nous n’avons pas le temps de faire en plus de la vidéo ou autre chose ». Dont acte. Et je ne conteste pas cela.

Aujourd’hui, je pense que ce n’est pas sur la question « multimédia ou non » qu’il faut se battre mais sur la question du temps disponible pour faire le boulot. Autant travailler sur un sujet plus longtemps quitte à le traiter pour deux médias plutôt que de sauter d’un sujet à l’autre pour le même média.

Enfin, et c’est une chose que je n’ai pas eu le temps de dire jeudi, il existe une différence essentielle dans le management d’une équipe éditoriale sur le web et dans les médias traditionnels. Dans ces derniers, on se préoccupe de remplir au mieux un espace limité (nombre de pages ou temps d’antenne) alors que sur le web on gère la résistance physique d’une équipe dans la mesure où il n’existe pas de limite à la quantité de ce que l’on peut publier.

Et l’info dans tout ça?

Une petite passe d’armes m’a opposé à Gérard Desportes sur la question de l’information. Le mot a deux acceptions différentes. Gérard Desportes parle de l’info au sens journalistique du terme, ce qui le conduit d’ailleurs à être très dubitatif (litote) quant à l’intérêt du participatif.

Pour ma part, dans ce passage du débat, j’ai essayé d’amener l’idée que l’univers informationnel de nos contemporains a changé. Les sources sont infiniment nombreuses, le journaliste n’est plus un point de passage obligé pour accéder à l’information et les sources d’information sont aujourd’hui innombrables et accessibles à tous. Voir sur ce point, le billet (en anglais) de Jeff Jarvis que j’ai cité au début de mon intervention.

J’ai également cité le cas d’Adrian Holovaty qui est en train de développer Everyblock aux Etats-Unis pour agréger toute l’information disponible à l’échelle d’un quartier. Ce ne sont que les prémices, mais ce genre de dispositifs crée une concurrence frontale pour la presse locale.

Conclusion (très provisoire)

Du débat, il ressort qu’il est évident aux yeux de tous que de véritables révolutions sont en cours et que personne n’est en mesure de dessiner les contours du monde de l’information tel qu’il existera dans 5 ans. Cette révolution numérique est absolument enthousiasmante. Reste qu’elle se conjuge avec une guerre des coûts engagée par les patrons de la plupart des médias. A l’heure où il faudrait se donner les marges nécessaires pour innover et expérimenter, la seule préoccupation est bien souvent la réduction des coûts et surtout de la masse salariale. A mon sens, il faut se garder de confondre l’un et l’autre.
[Finalement, ce n’est pas un compte-rendu, plutôt un commentaire. A vous de jouer pour compléter, contredire, affiner, polémiquer]

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Fondateur de Samsa.fr, Philippe Couve est journaliste, consultant spécialiste des stratégies éditoriales pluri-média, formateur et expérimentateur sur le web depuis 1997. Philippe Couve accompagne les organisations dans leur mutation numérique. Il intervient en France, en Europe et en Afrique.

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