C’est sans doute le début d’une aventure alors que cela n’était supposé être qu’un exercice scolaire. Le blog 2h27.fr créé par un groupe d’étudiants de 1ère année de l’école de journalisme de Sciences Po Paris va continuer à vivre. Ces étudiants (9 étudiantes + 1 étudiant) que j’ai eu le plaisir d’accompagner en ont décidé ainsi. Ce qui n’était qu’un exercice prévu pour durer 12 semaines est devenu leur chose, leur média, sur lequel ils vont poursuivre le récit de leurs rencontres nocturnes (aux alentours de 2h27) et convier leurs amis, camarades de promo ou d’ailleurs à venir y poster de temps en temps.
Pour tout dire, j’en ai été un peu surpris dans un premier temps. Les semaines que nous avons passé ensemble à travailler sur ce projet de blog puis sur ce blog n’ont pas été un long fleuve tranquille. Sans entrer dans des détails qui ne concernent que le groupe, nous avons connu des affrontements (verbaux), des divergences éditoriales, des prises de bec, voire des coups de colère (je parle de moi, là). Mais au final, quelque chose s’est créé. Un quelque chose qui n’est pas simple à définir.
Ça fait un moment que je considère le blog comme un outil essentiel dans l’arsenal pédagogique pour former les jeunes journalistes (présentation Slideshare), mais je n’avais pas encore vraiment mis le doigt sur l’un de ses aspects disrupteurs pour le système de la formation classique en elle-même. Le blog modifie le format de la formation. Comment ça? L’exercice peut démarrer avec le formateur avant la première rencontre (c’est une demande exprimée par les étudiants lors de la séance de debriefing) et se poursuivre après le terme fixé, le blog continuant de vivre sa vie de blog. On retrouve en quelque sorte le schéma de Jeff Jarvis appliqué à la formation.

L’exercice du blog commence avant même la rencontre avec les étudiants et il se poursuit au-delà. Cela change la position et la posture du formateur qui n’est plus véritablement qu’un passeur. Cela change aussi la position de l’institution qui doit s’adapter à ce nouvel état de fait et se poser de nouvelles questions:
- Quelle est la nature de ce blog une fois qu’il sort de la période d’encadrement pédagogique initiale?
- Le rôle du formateur doit-il devenir un rôle d’accompagnateur du projet dans une nouvelle phase?
- Les étudiants sont-ils seuls maîtres à bord de leur projet?
Je n’ai pas toutes les réponses (très peu même en fait), seulement la conviction que tout le secteur de la formation est à la veille de bouleversements auprès desquels la crise de la presse fera sans doute figure de hors d’œuvre.
Vous en pensez quoi, vous?
Imaginez qu’on emprisonne Edwy Plenel et l’équipe de Mediapart. Ça se passe en Côte d’Ivoire
Les locaux du journal Le nouveau Courrier à Abidjan
[Edit: Théophile Kouamouo et ses deux confrères ont été partiellement relaxés et remis en liberté lundi 26 juillet 2010. Plus d'infos sur Rue89
http://www.rue89.com/2010/07/26/liberation-du-journaliste-theophile-kouamouo-160023 ]
Depuis vendredi, trois journalistes sont détenus à Abidjan pour « vol de document administratif ». Ils risquent de 5 à 10 ans de prison.
Leur crime: avoir publié un document judiciaire dans leur journal Le Nouveau courrier. L’AFP précise :
Un rapport d’enquête qui met à jour des malversations dont auraient pu profiter des proches du pouvoir en place, ça ne vous rappelle rien ? C’est comme si en France, Edwy Plenel et l’ensemble de l’équipe dirigeante de Mediapart s’était retrouvé derrière les barreaux dès les premières révélations concernant l’affaire Bettencourt.
Que veut le procureur : que les journalistes dévoilent la source de leurs infos. Bien entendu, les journalistes refusent comme l’explique l’AFP.
Aujourd’hui, les condition de détention des trois journalistes sont effroyables, comme en témoigne Nadine Kouamouo, la femme de Théophile, dans une interview accordée à l’Atelier des médias sur RFI
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Théophile Kouamouo, journaliste-entrepreneur que j’avais interrogé à l’automne dernier à l’occasion d’un passage à Paris, a refusé la protection consulaire française (il est de nationalité française et d’origine camerounaise). La diplomatie française s’est d’ailleurs contentée du service minimum en exprimant laconiquement son attachement « au libre exercice par les journalistes de leur métier, en Côte d’Ivoire comme partout ailleurs dans le monde« .
Pour apprécier la situation, il faut savoir que Théophile n’a eu de cesse, sur son blog notamment, de critiquer la politique française en Afrique et la Françafrique depuis des années et notamment au plus fort de la guerre en Côte d’Ivoire. Ceci explique peut-être cela.
Comme le fait Reporters sans frontières, on ne peut qu’en appeler aujourd’hui à la libération des trois journalistes. Théophile et ses deux collègues doivent immédiatement retrouver la liberté et ne sauraient être détenus du fait d’avoir protégé leurs sources.
Pour en savoir plus:
Article très complet de Claire Ulrich sur Global Voices
Pour suivre l’évolution de la situation:
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