Je vous propose un témoignage. Celui d’une journaliste multimédia (journaliste-shiva, diront certains) qui rentre de reportage. Marion n’était pas partie au fin fond d’un pays en guerre comme elle l’a fait souvent, mais simplement dans une grande ville de France où elle a couvert une conférence internationale. En lisant son récit, je me suis dit qu’il faisait écho à bien d’autres témoignages de problèmes techniques que j’ai entendu ces derniers temps. N’hésitez pas à partager votre expérience dans les commentaires si vous avez connu des galères similaires. Dites-nous également si vos avez des solutions.

(Photo: Cable confusion par e-magic via Flickr)

J’ai un gros coup de fatigue.

D’habitude les péripéties d’un reportage sont, certes, pénibles sur le coup, puis elles sont sujettes à des racontars, façon chasseur, et autres rigolades. Mais, là, non. Grosse fatigue.

En prélude à  ce court récit d’un reportage qui s’est déroulé dans une région française en principe développée, je dirai que j’ai une connaissance plus empirique que technique des nouvelles technologies. J’ai des comptes Flickr, Twitter et Facebook que j’alimente régulièrement avec photos, et autres petits films et je me renseigne sur la vie de ces supports quand il me reste du temps.

Premier jour. 17h. Wifi/Internet. L’hôtel annonçait sur son site qu’il proposait le wifi. Jointe au téléphone, la standardiste de l’hôtel avait confirmé. A  l’arrivée, la réceptionniste a un geste mimant la vague quand on lui demande si le wifi fonctionne
La vague se confirme. Le wifi ne fonctionne pas. Nous sommes plusieurs journalistes qui apprécions. La réceptionniste m’indique le bar adjacent à l’hôtel qui offre le wifi gratuit.

Premier jour. 19h. Mozilla/Firefox. Après les « cérémonies » traditionnelles d’accréditation qui prennent plus de temps que prévu : le courrier en pdf avec nos photos d’identité n’est pas parvenu au service de presse. Explication avancée par les agents du service : les photos d’identité « couleur » sont trop lourdes pour la boite aux lettres électronique. (Pourquoi ai-je un doute sur cette explication ?) Donc, après les « cérémonies » traditionnelles d’accréditation, je m’installe au bar, avec mon ordinateur personnel qui a un grand écran. Tout roule. La musique d’ambiance est techno/exotique. Je renouvelle ma limonade régulièrement.
A 21h, la gentille serveuse me demande si je peux plier bagage, le cours de salsa va débuter. Puis-je revenir plus tard ? Non, car c’est la fête jusqu’à 2h du matin. Elle me recommande d’utiliser le wifi du bar avec le mot de passe, depuis ma chambre d’hôtel: « certaines chambres peuvent le capter« . Vérification faite, pas la mienne. Ni les autres. Au passage, je découvre que le navigateur Mozilla n’est pas installé sur l’ordinateur de reportage qu’on m’a remis à la rédaction. J’insiste car je veux aussi travailler sur cet ordinateur. Je lance l’installation avec la clé 3G. Merci de patienter pendant le téléchargement…

(photo: Tools for the digital trade par Andrew Phelps via Flickr)

Deuxième jour. Minuit. Je vogue sur Mozilla et je veux entrer dans le backoffice du site pour lequel je travaille. Je rencontre le message « adresse indisponible ». Fatalitas. L’accès n’est pas automatique (raisons de sécurité) sur l’ordinateur portable qui m’a été prêté alors que je suis journaliste multimédia. Coup de téléphone aux techniciens. Nous faisons quelques petites manipulations ensemble, à distance. Ça ne marche pas. Je dois attendre 7h du matin pour un éventuel dépannage. Le hasard fait que je retrouve des notes dans mes bagages, prises au dernier moment en partant de chez moi, sur comment ouvrir l’accès au backoffice. Je retape le tout et l’envoie en courriel à mon partenaire technicien. Nous faisons les manipulations ensemble. Il est 1h30/2h. Il va se coucher. Pas moi. A 3h54, je suis stoppée en plein vol : la connexion avec la clé 3G est interrompue. Impossible de me reconnecter. On dort. On reprend le tout à 8h du mat’. Cela m’arrivera tout pareil dans la nuit de lundi à mardi.

Deuxième jour. 11h. Centre de presse. Aucun ordinateur venu dans les bagages des collègues techniciens n’a un accès au backoffice du site. « C’est quoi le backoffice ? » Je reste sur mon ordinateur portable.

Deuxième jour. 18h.  Photoshop. Une vieille version sur l’ordinateur portable de la société. Les raccourcis clavier que j’utilise créent des écrans psychédéliques. Ben oui, il m’arrive de composer des photos et de dessiner des choses dans ImageReady ou Photoshop. Pas seulement de recadrer, d’alléger le poids des images pour le web. J’opte pour travailler les photos sur mon ordinateur portable qui n’a pas les mêmes nuances de couleur que le PC « maison ». On va faire dans l’à peu-près.

(Photo: Work kills me ! (Day 3) par Danny.C.Jackson via Flickr)

Troisième jour. 12h. Dalet (système de gestion de contenu audiovisuel qui équipe des télés et des radios). Un collègue a un son qui m’intéresse qu’il n’a pas pu utiliser dans la longueur. Il est beau ce son. Pourquoi ai-je voulu le monter sur mon ordinateur portable ? Message d’erreur à propos d’un certain codec erroné dans « mon » Dalet. « Qu’est-ce qui se passe ? » « J’en sais rien, répond un technicien, je ne comprends pas. Monte le son dans Dalet sur l’autre ordinateur, tu le mettras sur le bureau, puis tu le copies sur ta clé USB. Tu le récupères ensuite sur ton ordinateur portable (celui qui a un accès au backoffice) et tu en fais ce que tu veux« .
Fatalitas. Je ne suis pas dans le backoffice du site auquel j’ai collaboré durant quelques mois. Avec ce backoffice, on pouvait récupérer directement les sons « mp3 » et les intégrer.  Où avais-je la tête ? Je suis sur un autre backoffice où la chose n’est pas possible. Au bureau, on a un système de récupération automatique qui passe par le logiciel son Dalet. Le dispositif, existe-t-il sur les ordinateurs installés par les collègues? Non. « On n’a jamais eu besoin de ça« .

Un message de la rédaction  m’explique que je peux intégrer les sons via Veepeepost (service de FTP via le web) et après une petite opération, intégrer le son directement dans le backoffice. Ca fait du bien de le savoir même si je me sens un chouïa découragée.

Quatrième jour. 9h30. Je ne suis presque pas en retard dans mon planning d’articles. D’ailleurs, je suis en train de rédiger le dernier paragraphe du dernier d’entre eux. Erreur fatale. Je le fais directement dans le backoffice. J’enregistre. Oh le joli petit bonhomme en bleu porteur d’un joli petit message qui me dit qu’il est « indisponible. » Moi, pourtant, je le suis.
Au bureau, on a lancé  une nouvelle version du backoffice. D’ailleurs c’est indiqué dans un courriel. A part que lorsqu’on est sur un ordinateur portable, on n’est pas forcément connecté sur sa boîte à lettres électronique. Les 3/4 de l’article ont sauté dans le vide virtuel. Moi aussi. Je me console en débutant un autre article dans Word.

Quatrième jour. 14h. Nokia. Téléphone intelligent. J’ai reçu des photos en SMS (question qualité c’est pas bon pour le site, mais Facebook ou Twitter est moins regardant). Pas le temps de les télécharger avec Bluetooth sur mon ordinateur. Je veux les envoyer à l’adresse électronique de la rédaction. Y’a pas de connexion internet sur ce Nokia dit « général ». Ce sont les Nokia détenus par les rédactions qui possèdent un abonnement internet. La rédaction multimedia n’a pas de Nokia à elle. J’envoie les SMS avec les photos au seul numéro de iPhone que je connais. Son propriétaire pourra lui, les envoyer à une adresse électronique et on récupèrera le tout pour intégrer dans le backoffice.
J’ai de la chance. Je n’ai pas eu à utiliser le téléphone par ordinateur. Ça m’aurait évité de découvrir que mes camarades n’avaient pas payé l’abonnement et que ce service n’existait plus sur l’ordinateur.
Certains diront que je manque d’organisation. Certes. J’aurais pu gagner plusieurs heures, en me contentant d’écrire des articles dans Word, d’envoyer les photos originales dans un courriel, et tout serait fait et composé à la rédaction mère. Mais de la même façon, un reporter audio ou un journaliste vidéo monte ses sons et images, je revendique la possibilité de « monter » mes articles multimédia.

C’est décidé, je vais rédiger une check-list de tout ce dont il faut disposer avant de partir en reportage multimédia. Si vous avez des idées, elles sont les bienvenues.