Quelques leçons pour le co-journalisme

Le 1er Networked Journalism Summit vient de se tenir à New York. On pourrait littéralement traduire cela par le 1er sommet du journalisme en réseau mais je pense qu’il est peut-être plus approprié de parler de co-journalisme. On y a parlé de tous les moyens de faire du journalisme avec. Avec les internautes essentiellement. Co-journalsime parce que le préfixe « co » signifie « avec » et qu’il évoque collaboratif, coopératif, collectif et j’en passe. Mais aussi parce que c’est moins techno que « en réseau », moins ésotérique que « pro am » (entendu prononcé « prom » sur France Culture, je sais je ne suis pas charitable), moins flou que « collaboratif », enfin moi je trouve.

L’organisateur de l’événement, Jeff Jarvis tire les premiers enseignements de cette journée d’échange. Je vais essayer d’en résumer l’essentiel:

  • Les expériences de co-journalisme se multiplient à vitesse grand V aux Etats-Unis (voir une sélection des différentes expériences en bas de cette page)
  • Il n’existe pas de business model. Personne n’a trouvé le moyen de gagner de ne pas perdre d’argent en pratiquant le co-journalisme. Quelques infos encourageantes cependant. Le Washington Post parviendrait à vendre l’audience de ces réseaux de blogs pour « un CPM à deux chiffres« . En clair, le coût pour mille (CPM [définition]) des pubs serait supérieur à 10 dollars et proche de celui pratiqué pour l’édition en ligne de ce média.
  • Les amateurs qui prennent part à un travail journalistique ont besoin d’être motivés. Cette motivation peut-être financière, mais on retombe sur le point précédent, ou d’une autre nature: la satisfaction personnelle de se voir cité (dans un journal-papier notamment, ce qui semble être jugé particulièrement gratifiant par nombre d’internautes), celle de voir sa photo apparaître
  • La question de la propriété de l’oeuvre collective n’est pas évidente. Si les journalistes fournissent la plateforme et organisent le travail, le résultat final est bien le résultat d’un effort collectif. Pour Jeff Jarvis, pas de doute, c’est la collectivité qui le possède, mais ça risque d’être difficile à traduire en termes juridiques dans la mesure où cette collectivité n’existe pas juridiquement. Il a été signalé que dans différents cas (et notamment lors du rachat récent de Newsvine par MSNBC), la communauté avait eu la facheuse impression d’être vendue.
  • Le co-journalisme engendre des coûts (coordination, négociation, formation, mise en forme). Sans compter les coûts générés par le nécessaire « nettoyage » des commentaires quand ils n’apportent rien à la « conversation » voire quand ils sont passibles de la loi. Au passage, on apprend que la BBC travaille sur un concept qui consisterait à permettre de suivre une « conversation » que les messages soient publiés sur son site ou sur d’autres comme YouTube ou Flickr, par exemple avec un tag indiquant que la BBC peut les reprendre.
    Je note que c’est un peu dans le même ordre d’idées que le service proposé par les Suisses de coComment qui proposent à l’internaute de suivre toutes les « conversations » auxquelles il participe sans avoir à se rendre sur les différents sites sur lesquels il a posté des commentaires.
  • Si les journalistes deviennent membres de la collectivité avec laquelle ils pratiquent le co-journalisme, leur position change. Il est question d’échange de savoir (ou savoir-faire) entre le journaliste et la collectivité et non plus d’échange d’information seulement. Et l’une des compétences du journaliste est de savoir organiser cette collectivité.

Quelques expériences de co-journalisme aux Etats-Unis

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