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Web-émission participative: bienvenue au cousin belge

Ca fait plaisir… On se sent moins seul. La RTBF en Belgique s’apprête à lancer une web émission participative (émission de télé + émission de radio élaborées de manière participative sur un site web communautaire). L’Atelier des médias a donc un cousin en Belgique. Le cousin s’appelle interMédias (accessible sur invitation pour l’instant) proposé par le journaliste Alain Gerlache (son blog perso) appuyé par l’infatigable Damien van Achter (son blog perso). On y parlera aussi de l’évolution des médias et de la fabrique de l’info. Bienvenue à ces nouveaux camarades de jeu avec lesquels j’espère bien que nous pourrons partager les enseignements tirés de ces dispositifs (encore pour un moment) très expérimentaux.

Je profite de l’occasion pour rappeler que la BBC défriche également le même terrain avec iPM, une émission hebdomadaire de 80 minutes élaborée de manière collaborative avec les internautes sur un blog. C’est à l’image de la première expérience du genre que j’avais lancée l’été dernier sur RFI.

Il existe sans doute d’autres expériences maintenant. N’hésitez pas à les signaler dans les commentaires de ce billet.

Journalisme participatif à la conférence de presse de Sarkozy?

[MàJ: correction du lien vers l'article de Libé]

[Photo: fr@ncois via Flickr]Libération propose à ses internautes de poser des questions à Nicolas Sarkozy à la veille de la conférence de presse que le président de la République doit tenir mardi.

Le Président de la république tiendra une conférence de presse, mardi 8 janvier, à partir de 10 heures, au palais de l’Elysée. Il entend lancer la «deuxième étape» de son quinquennat et détailler sa nouvelle «politique de civilisation» esquissée lors de ses voeux du 31 décembre. Mettez-vous à la place des intervieweurs et dites nous les questions que vous aimeriez lui poser en cliquant ici…

C’est participatif en diable. Généralement les médias proposent aux internautes de participer à des interviews qu’ils (les médias) organisent eux-mêmes. Dans ce genre de circonstances, j’ai l’impression que c’est une première. Et il y a 225 questions déjà posées au moment où j’écris et beaucoup sont intéressantes.

Mais, car il y a un mais de taille. Libération ne dit pas si ces questions seront posées à Sarkozy. A quoi ça sert, alors?

[Photo: fr@nçois via Flickr]]

2008, année du tri sélectif?

Photo: evymoon via FlickrRetour rapide sur LeWeb3 qui reste un utile thermomètre sur les évolutions du web. Dans la plupart des interventions, il a été question d’UGC (user generated content = contenu produit par les internautes) et surtout de la manière de le « monétiser » pour utiliser le mot qui a la cote dans ce milieu. Et la conclusion générale est que la quantité n’est rien sans la qualité.

L’un des exemples les plus flagrants a été donné par Jason Calacanis (blogueur et créateur de Mahalo, moteur de recherche humain) qui a dénoncé la pollution du web (spam dans les commentaires et les résultats des moteurs de recherche) qui serait en passe de tuer le web. [Voir la vidéo / en anglais]

Conclusion générale: il faut trier le bon grain de l’ivraie de manière à proposer des contenus de qualité qui généreront des revenus publicitaires acceptables.

Au passage, comme j’ai déjà dit tout le mal que je pensais de l’expression « contenu » employée pour désigner tout et n’importe quoi, je n’y reviendrai pas. D’un point de vue éditorial (et pas seulement économique) les mêmes constatations prévalent. C’est la qualité du commentaire, de l’information, de l’analyse qui font la différence; pas le nombre des trolls.

Dans le domaine de l’information justement, cela fait apparaître une notion de seuil à créer pour limiter la participation à ceux qui ont véritablement quelque chose à dire. Ce seuil peut être constitué par une demande d’inscription préalable sur un site avant de pouvoir lacher un commentaire (tournant pris par Rue89, par exemple). D’autres, comme MediaPart envisagent de créer ce seuil par l’abonnement.

Partout, c’est la même logique qui est finalement à l’oeuvre: une restriction de l’anonymat, la mise en jeu d’une réputation (même pour ceux qui utilisent un pseudo, si c’est de manière durable), et finalement une forme de contrôle social limitant les dérapages en tout genre. L’idée est de s’appuyer sur la réputation en ligne que chacun aura à coeur de ne pas souiller par des propos qui pourront le suivre.

Au final, c’est une forme de tri sélectif qui se met en place.

Reste une question essentielle qui se posera une fois que les sites auront choisi (via les dispositifs mis en place) ceux qui vont s’exprimer chez eux. Quel intérêt a un internaute répondant aux critères à contribuer à tel site plutôt qu’à tel autre?

  • parce qu’on le rémunère ? (cela paraît difficile à imaginer sauf dans des cas exceptionnels)
  • parce qu’il y obtient une forme de reconnaissance (c’est le principal ressort, je pense)

Si cette hypothèse est juste, l’internaute « de qualité » dont on cherchera à obtenir la contribution se tournera vers les sites sur lesquels sont déjà rassemblés ceux qu’il considère comme ses pairs. On n’est vraiment pas loin de la notion de réseau social chère à Facebook.

Les Polonais ont déjà franchi le pas puisque les sites de médias travaillent main dans la main avec des sites communautaires (sujet traité dans l’Atelier des médias). En France, on semble loin du compte. C’est pourtant, peut-être, une début de réponse à la question économique.

On fait mine de découvrir aujourd’hui que l’information coûte cher et d’oublier que la presse papier ne proposait pas des reportages en Irak ou au Pakistan sur toutes ses pages. Dans un journal papier, on a toujours trouvé de l’information, du service et du divertissement.

Le service (cours de la bourse, programme télé, pharmacie de garde, etc) et le divertissement (mots croisés, bande dessinée, etc) avaient l’avantage d’être peu coûteux à produire et cela compensait le prix des pages d’info les plus chères dans le prix de vente final du journal.

Aujourd’hui, pour les médias, il existe sans doute dans le communautaire des moyens efficaces de reconquérir du terrain dans le domaine du service et du divertissement, ce qui financerait l’info.

Voilà, c’est ma prédiction tendance 2008.

[Photo: evymoon via Flickr]

France24 se lance dans le collaboratif avec Observers

A l’heure des incertitudes sur l’avenir de l’audiovisuel public extérieur de la France, France24 s’apprête a fêter son premier anniversaire en se lançant dans le collaboratif. C’est le projet Observers. Julien Pain (ancien de Reporters sans frontières) présente le projet sur cette vidéo (signalée par Michel Levy-Provencal de France24 sur le site de l’Atelier des médias). Dans le contexte de la bourre que se tirent actuellement RFI et France24 (voir plus haut), je me demande si c’est un hasard.

france24.jpg

Le projet s’inspire clairement de Global Voices qui s’est fixé comme objectif de faire entendre la voix des blogueurs des pays vers lesquels nos regards occidentaux se tournent peu.

Chez France24, on fait le pari d’aller chercher les internautes du monde entier qui peuvent témoigner de l’actualité dans leur pays, et ensuite de vérifier, de traduire et d’éditer leur production.

C’est ce qu’on pourrait appeler du participatif fermé. Seuls les journalistes de France24 (et peut-être les « éditeurs régionaux », ces super-blogueurs rémunérés par France24) peuvent publier, mais ce qu’il publient est de l’information receuillie par des particuliers présents sur le terrain.

Finalement, est-ce participatif? Ou bien, est-ce du grand reportage… à distance?

D’autres infos:

PS. J’ai toujours les mêmes problèmes pour mettre en ligne les vidéos de Dailymotion. Si vous avez trouvé la martingale, faites-vous connaître ;-)

Facebook: un ciblage publicitaire approximatif

fb_italie.jpgLe ciblage (ou le profilage) publicitaire de Facebook laisse encore à désirer. Pour avoir annoncé dans mon « status » que je passais un week-end à Rome, me voilà la cible de pub dans la langue de Dante. C’est agréable, ça me permet de prolonger un peu l’ambiance. Mais de là à proposer de trouver un appartement sur place (Cerchi Casa?)….

Co-journalisme: le sommet de New York en vidéo

Au début du mois d’octobre, Jeff Jarvis (journaliste, blogueur et professeur de journalisme) a organisé ce qu’il a appelé le 1er sommet du journalisme en réseau (Networked journalism). J’en avais parlé à l’époque. La vidéo de l’événement vient dêtre mise en ligne. L’occasion d’entendre tous ceux qui, aux Etats-Unis, ont tenté des expériences de journalisme participatif. C’est long mais c’est l’une des rares occasions d’entendre ceux qui expérimentent dans ce domaine.


Networked Journalism Summit from CUNY Graduate School of Journali on Vimeo.

CFJ: la leçon inaugurale de Francis Pisani est en ligne

pisani.jpgElle en a cristallisé des débats (et des tensions), cette leçon inaugurale de Francis Pisani. On connaissait l’angoisse du gardien de but au moment du penalty, voici peut-être l’angoisse du journaliste au moment du multimédia.

Anxiogène, Pisani? Vous pouvez vous faire une idée en visionnant sa leçon inaugurale sur le site (qui vient d’être refait à neuf) du Centre de formation des journalistes. La vidéo est découpée en 9 chapitres.

Voir aussi:

  • Luc Legay (qui propose une version courte en vidéo)

International Herald Tribune: une gestion futée des commentaires

Le site de l’International Herald Tribune est assez rarement cité parmi les istes de presse innovants et c’est un tort.

En plus très agréable (lisible, clair, élégant), le site se révèle une petite mine de trouvailles.

Dernière en date: la valorisation futée des commentaires des internautes, y compris sur des articles déjà un peu anciens. Dans la barre de navigation en haut du site, un lien « Discussions » mène vers une page dont je ne connais pas d’équivalent (mais vous, peut-être oui).

Sur cette page, on trouve les statistiques des commentaires des 60 derniers jours. On peut les classer anti-chronologiquement (par date de lancement de la discussion); voir les sujets les plus récemment commentés parmi les discussions lancées au cours des 60 derniers jours; et voir les discussions qui ont généré le plus de commentaires.

Si l’internaute choisi de suivre le fil (thread) d’une discussion, il tombe sur une page où les derniers commentaires postés figurent en tête de liste. L’article qui a généré les commentaires est lui accessible via un onglet. Les commentaires ne s’affichent donc pas sous l’article. La solution trouvée est différente. L’élément éditorial de base sur le site est composé d’une page article + une page commentaires. C’est bien pensé avec un fil RSS disponible pour suivre la discussion liée à cet article.

Michael Cosentino explique, sur le blog des développeurs, que la création de ce mode d’accès est né d’une constation simple: le nombre de commentaires diminue considérablement (drastically) dès qu’un article ne figure plus sur la page d’accueil du site ou s’il ne figure pas dans les articles mis en valeur sur le site (parmi les plus envoyés) ou ailleurs (Digg ou Drudge Report). Il est apparu nécessaire de trouver une solution pour permettre aux discussions de se prolonger. Et apparemment, ça a l’air de fonctionner.

Pour le reste du site, rien ne vaut le plaisir de la découverte. Vraiment beaucoup de bonnes idées et une réalisation impeccable.

Ben Hammersley: journaliste multimédia total

Dans le cadre de l’Atelier des médias, je viens de réaliser une interview de Ben Hammersley que je reposte ici en version intégrale. Ben Hammersley est sans doute celui qui a tenté l’expéreince la plus totale et radicale en matière de journalisme multimédia. C’était l’été dernier en Turquie. Je l’avais signalé à l’occasion.

Il revient sur cette expérience dans l’interview et il en tire les enseignements. Il n’est pas question pour lui d’ériger un quelconque dogme mais de livrer les fruits de son expérience. Il pense que le multimédia est possible (deux médias au maximum), mais dans certaines conditions seulement.

Ben Hammersley, pour finir de le présenter, est à la fois un grand reporter qui travaille sur des terrains difficiles (Afghanistan, Iran, Birmanie) mais aussi l’un des hommes qui ont popularisé le RSS (il a écrit le premier bouquin sur le sujet). Il a également monté la plateforme de blogs du Guardian. Dernier détail: Ben a 31 ans.

Bonjour, Ben Hammersley
Bonjour

Est-ce que vous pouvez vous présenter?
Je m’appelle Ben Hammersley. Je suis un journaliste multimédia. Je travaille principalement pour la BBC.

Pouvez-vous nous dire en quoi consiste votre travail sur terrain et, par exemple, l’été dernier en Turquie?
Je me suis rendu en Turquie pendant deux semaines. J’ai silloné le pays juste avant les élections générales. C’était un gros sujet parce que la situation politique en Turquie est très importante pour l’Europe mais aussi pour le Proche-Orient. Et c’était assez compliqué en raison de la bataille entre l’islam et les valeurs occidentales à l’intérieur de la Turquie. C’est pour cela que cela nous intéressait beacoup de couvrir cette situation.

Je l’ai couvert pour la télévision (BBC World, la chaîne internationale de la BBC), pour la radio (BBC World Service ), pour le site web. En plus de tout cela, nous avons également réalisé des vidéos sur les coulisses du reportage que nous avons mises sur YouTube ; nous avons fait des photos que nous avons mises sur le site de partage Flickr; j’ai utilisé un site qui s’appelle del.icio.us pour partager le fruit de mes recherches et tout ce que j’avais lu sur le pays; j’ai utilisé Twitter (une sorte de micro-blog) pour raconter heure par heure l’avancement du reportage pendant deux semaines.

Nous avons utilisé tout cela pour faire le reportage mais aussi pour montrer comment le journaliste travaille. C’est à dire comment un journaliste international qui travaille pour la BBC arrive dans un endroit, comment il fait pour travailler sur son reportage, comment il entre en contact avec les gens, tout ce qui passe dans les coulisses d’un reportage. Je pense que c’est très intéressant pour les gens de voir comment les choses se font. Quand vous regardez un DVD, l’une des parties les plus appréciées, c’est le making of dans les coulisses du film. Et on voulait faire la même chose pour notre reportage en Turquie.

Qu’est-ce qui est en jeu dans ces coulisses du reportage, c’est une question de confiance entre le journaliste et son audience?
C’est un peu ça… une question de confiance. Les gens voient comment nous travaillons. Mais c’est aussi intéressant et amusant. Je pense qu’il a beaucoup de gens maintenant qui sont intéressés par le process, par la la manière dont les informations sont produites. Ce n’est pas seulement parce qu’ils veulent être sûrs que nous ne sommes pas de parti pris ou bien intoxiqués par le gouvernement, mais simplement parce que c’est intéressant. Les gens aiment voir ces choses-là.

Habituellement quand vous voyez un journaliste de télévision, nous avons l’air très à l’aise, très sûrs de nous sur l’écran. Nous avons l’air très professionnels quand nous faisons nos reportages pour la BBC ou pour n’importe quelle autre chaîne. Mais nous travaillons vraiment dur et nous transpirons, nous nous salissons, nous sentons mauvais, nous ne dormons pas beaucoup, nous courrons dans tous les sens en transportant des centaines de sacs et nous nous trouvons dans des régions du monde qui sont dangereuses. Et je crois que les gens aiment voir ce qui se passe derrière la caméra parce que ça aide à comprendre l’information. Si vous regardez la télévision américaine et spécialement CNN, quand ils font des reportages depuis des zones de guerre, tous leurs reporters ont des chemises blanches. Ils ont l’air très propres, comme s’ils venaient de sortir du Ritz. Mais ils ne sont pas vraiment comme ça.

Nous, on voulait montrer tous les problèmes qu’on rencontre. On voulait montrer ce qui se passe quand les choses tournent mal. On voulait montrer à quel point on était fatigués, à quel point on était sales. Montrer combien c’est difficile. Nous pensons que c’est important que les gens voient tous les aspects du reportage.

L’une des vidéos que nous avons réalisées parle de ce bagage que nous avons oublié à l’hotel alors que nous avions pris l’avion pour une autre ville. Et nous ne pouvions pas travailler sans le matériel qui se trouvait dans cette valise. C’était une grosse erreur et nous étions dans une situation difficile à cause de ça. Et nous avons montré comment ça s’est passé et tous les problèmes que cela a engendré. Et cela a créé beaucoup de confiance entre les gens qui ont regardé et nous, les journalistes. Les gens savent que s’il arrive quelque chose, un problème, nous allons le raconter qu’il s’agisse de ce qui se passe dans le pays ou bien de ce qui nous arrive à nous. C’est très important. C’est une relation de confiance entre le journaliste et le public.

Mais est-ce que c’est possible de faire tout cela en même temps? La photo, la vidéo, le blog, twitter, le reportage et les coulisses du reportage. Est-ce que c’est possible de travailler correctement en faissant tout ça?
Non (sourire)… Non. Pour être honnête, c’est la rasion pour laquelle nous l’avons fait. Nous voulions savoir si c’était possible de le faire. J’ai travaillé comme journaliste multimédia dans beaucoup de pays. Je suis allé en Afghanistan (3 fois), en Iran, en Birmanie où j’ai travaillé en produisant soit des textes et des photos, soit des reportages radio et des photos, soit des textes et de la radio. J’ai fait deux choses à la fois. Et deux médias en même temps, c’est possible. C’est dur, mais on peut le faire. Vous pouvez faire des photos et des textes, ou bien vous pouvez faire des photos et de la radio. Maintenant, quand vous voulez faire trois choses à la fois, et il y a des gens qui essaient de dire que c’est possible, il y a des gens qui disent « on envoie un journaliste avec une caméra légère, un équipement pour la radio et un ordinateur portable et il pourra tout faire« . Et nous voulions voir si c’était possible. Ca ne l’est pas. C’est trop de travail. Ce n’est pas que les gens ne soient pas capables de le faire. Il y a beaucoup de journalistes parfaitement compétents pour le faire. Mais vous n’avez pas le temps de la faire. Vous n’avez pas l’énergie pour le faire, en tout cas pas plus d’un jour ou deux. Pour un long reportage -dans notre cas c’était deux semaines-, ce serait impossible.

C’était important de le montrer parce que le débat dans les médias aujourd’hui est jusqu’à quel point peut-on être multimédia? En fait, tout ça revient finalement à se poser deux questions:Quel est le sujet? Quelle est la deadline? Si vous couvrez un sujet d’actualité brulante, il faut vraiment choisir un média ou deux. Par exemple, texte et radio; ou bien photo et texte. Si vous essayez de faire une troisième ou une quatrième chose, vous n’en aurez pas le temps. C’est très important de le montrer maintenant, parce que si vous envoyez des gens dans des endroits plus dangereux que la Turquie, alors ce sera dangereux pour eux de passer autant de temps à faire ces choses-là. Maintenant, si vous n’avez pas de deadline, si c’est un documentaire, alors vous pouvez tout faire. Si vous avez un mois pour le faire, vous pouvez. Mais si vous intervenez régulièrement en direct, c’est un très beau rêve, mais ça ne marche pas dans la réalité.

Quel a été le regard de vos collègue?
(rire) dans quel sens?

Dans le sens où vous avez essayé d’intervenir sur tous les médias en même temps?
Certains d’entre eux ont dit que nous étions fous. Certains ont dit que si nous y parvenions, nous n’aurions plus d’amis parce que ça voudrait dire que tout le monde devrait le faire. Les gens sont très nerveux sur cette question parce qu’il y a beaucoup de compétences à acquérir. Beaucoup de journalistes sont assez… je ne dirai pas vieux… mais beaucoup de journalistes sont concentrés sur le journalisme. Si ce sont des journalistes radio, ils sont concentrés sur le journalisme. Quand vous avez appris à faire de la radio, le reste de votre travail c’est de faire du reportage. Et là, ce qu’on demande à ces gens c’est d’acquérir beaucoup de nouvelles compétences. Et c’est très difficile, si vous êtes un journaliste expérimenté dont le premier travail est de faire du reportage [tell the story]. Ca va si vous êtes étudiant ou si vous essayez cela comme une expérience parce que vous n’avez pas à vous concentrer sur la manière de faire le reportage [tell the story]; vous pouvez vous concentrer sur l’utilisation des machines et la technologie. Quand vous êtes envoyé spécial ou spécialiste des questions politiques, vous avez vos deadlines, vous devez produire votre reportage et vous ne pouvez pas vous poser la question de savoir si vous avez correctement envoyé vos photos sur Flickr ou si vous utilisez Twitter correctement. Et vous ne pouvez pas vous demander si vous avez répondu aux commentaires du public sur les blogs. Ce n’est pas assez important. dans le laps de temps dont vous disposez.

Quand vous parlez à des journalistes expérimentés ou à des gens qui couvrent de gros événements d’actualité, c’est quelque chose qu’ils pourraient aimer faire mais ils n’en ont vraiment pas le temps. C’est ce que j’ai découvert en Turquie, mais également en Afghanistan. Tous les médias pour lesquels nous travaillons, qu’il s’agisse de journaux, de radios, de télévisions, ils ont leur priorité, la chose qui est la plus importante pour eux. Si vous vous trouvez quelque part et que cela commence à devenir difficile ou dangereux, ou si vous commencez à être fatigué ou à avoir faim, ou quoi que ce soit, alors vous arrêtez de faire les choses les moins importantes. Vous arrêtez d’envoyer vos photos sur Flickr, vous arrêtez de mettre à jour Twitter, vous cessez de bloguer et vous vous concentrez sur la chose la plus importante. C’est assez naturel.

Pour les journalistes les plus expérimentés, chaque journée est comme ça. Chaque jour est un jour important et vous ne pouvez pas jouer avec Twitter ou votre blog. L’autre raison c’est que l’audience n’est pas assez importante. sur Twitter pour que ça vaille la peine.

En utilisant les réseaux sociaux comme Twitter, est-ce que cela vous a permis d’obtenir de nouvelles choses dans le travail de reportage?
Nous avons eu un peu de retour. Beaucoup de Turcs qui ont suivi mon reportage et qui m’ont fait des suggestions. J’avais déjà eu cela au cours d’autres reportages, des gens qui disent par courrier électronique: est-ce que vous avez vu ça? allez donc à cet endroit ou allez rencontrer cette personne. Mais mon expérience est que cela ne marche vraiment que sur des sujets spécialisés ou sur des très petits sujets. Si vous parlez de la situation politique dans une ville particulière en France, alors vous pouvez avoir des gens dans cette ville qui savent des choses précises et qui vous donnent des informations. Si vous faites un reportage sur un sujet plus général, comme le président français par exemple, alors les choses que vous obtenez via les réseaux sociaux ne sont pas utiles du tout. En fait, au delà d’une certaine ampleur, la qualité des informations que vous obtenez devient mauvaise parce que les réponses des gens ne sont pas directement liées au sujet. Ca fonctionne très bien au niveau local.

Ce que vous dites, c’est que nous les journalistes, nous devons apprendre à utiliser correctement ces réseaux?
Oui. Mais vous devez aussi apprendre pour quels sujets ça marche et pour lesquels ils ne sont pas adaptés et ne pas penser que ces réseaux ou ces techniques fonctionnent pour tous les sujets. Sans doute, la plus importante leçon que j’ai apprise en 5 ans à faire ce genre de chose c’est que, dans certains cas, ça ne marche pas et qu’il ne faut pas perdre de temps ou d’énergie avec ça. En revanche, il a des sujets pour lesquels c’est parfait. Et vous devez apprendre à distinguer les sujets de ce point de vue.

Pour les sujets nationaux, pour les gros sujets d’actualité politique, ça ne marche pas très bien. Pour les sujets liés à l’actualité au Proche-Orient, c’est un désastre. Un désastre absolu. Parler du conflit israélo-palestinien sur les réseaux sociaux, c’est simplement créer des problèmes. Mais pour les sujets locaux, disons la bataille entre les supermarchés et les petits commerçants dans les petites villes ou bien la corruption d’un maire, en tout cas pour les sujets qui concernent une ville ou une agglomération, ça peut marcher très bien. Dans ce cas on peut obtenir une coopération fantastique entre le public et le journaliste. Mais plus le sujet a de l’ampleur, moins les réseaux sociaux sont utiles. C’est l’expérience que j’en ai.

Pensez-vous que la manière dont vous pratiquez le journalisme préfigure l’avenir du métier?
Je l’espère, sinon je suis dans le pétrin. Je dirais oui parce que je pense qu’il y a une génération de journalistes maintenant, les jeunes journalistes, pour qui c’est la manière de travailler évidente. Ce n’est pas le journalisme qui change, ce sont les journalistes et le journalisme changera avec eux. Aujourd’hui tous ceux qui commencent à faire du journalisme ont un blog. Si vous avez moins de 25 ans et que vous étudiez le journalisme, vous allez avoir un blog, vous allez être sur Facebook, vous êtes probablement sur Twitter, vous avez un téléphone dans votre poche donc vous avez toujours un appareil-photo avec vous, vous avez probablement un logiciel de montage vidéo sur votre ordinateur. Toutes ces choses, les étudiants en journalisme ont grandi avec.

Oui, je pense que le journalisme va changer. Mais il ne va pas changer à cause des patrons. Vous savez ces vieux types qui disent: « voilà ce que nous avons décidé à partir de maintenant que nous allions être multimédia« . Ce qui va se passer, c’est que tous ces jeunes, quand ils vont commencer à travailler, ils vont s’attendre à travailler multimédia parce que c’est ce qu’ils ont fait depuis l’age de 13 ans. Vous savez toute personne qui tient un blog et qui prend des photos pour son blog avec son téléphone portable est un journaliste multimédia. Ils ont 14 ans en ce moment, ceux qui font ça, mais dans 10 ans tout le monde sera un journaliste multimédia parce que c’est que font les enfants.

Si je vous suis, le journalisme n’est qu’une question de publication.
C’est assez difficile à expliquer… Je dirais que le journalisme est une question de publication en respectant des normes. C’est une publication avec une garantie de respect des normes et une garantie d’exactitude, de vérité et d’intégrité. C’est très difficile de le décrire mais j’aime la citation anglaise qui concerne la pornographie: « I can’t define it, but I know it when I see it » (Je ne peux pas la définir, mais je la reconnais quand je la vois). Je pense que c’est la même chose pour le journalisme. C’est très difficile de définir ce qu’est le journalisme mais vous le reconnaissez quand vous le voyez. Ce qui est journalistique et ce qui ne l’est pas est assez évident. Donc ce n’est pas seulement une question de publication, sinon chaque blog dans le monde ferait du journalisme et ce n’est pas vrai; mais tous les blogs du monde pourraient faire du journalisme s’ils le voulaient.

Merci Ben, quel sera votre prochain reportage?
Je pense partir au Soudan Mais avant cela, je suis en train de réaliser un documentaire radio à Londres pour la BBC à propos de Facebook et des réseaux sociaux. J’ai besoin de me reposer un peu.

Twitter utile dans le feu de l’action

Incendies en Californie le 23 octobre (Photo: Stoogelover via Flickr)Les incendies de forêt qui ravagent le sud de la Californie ont donné l’occasion de mettre Twitter à profit pour transmettre de l’information. Sur le site de la radio KPBS, un flux d’infos brèves est disponible. Il est alimenté via Twitter par les reporters présents sur le terrain et par la rédaction via téléphone portable ou interface web. Pour le public, ces infos sont également consultables sur le site web ou via téléphone portable.

On se demandait si Twitter servait à quelque chose. Réponse: oui, parfois.

Au fait, Twitter, c’est quoi?

[Photo: Stoogelover via Flickr]