Pourquoi les télévisions africaines ont du souci à se faire - Samsa.fr

Les possibilités offertes par les smartphones, les réseaux sociaux et la connexion proposée par les opérateurs téléphoniques ouvrent la voie à de nouveaux acteurs dans le monde de la vidéo sur le continent. Et ces nouveaux acteurs venus d’horizons divers commencent à grignoter sérieusement l’attention des téléspectateurs devenus internautes… même en Mauritanie qui figure pourtant en queue de peloton en matière d’accès à internet.

 
Il faut vraiment connaître l’endroit pour trouver l’Inter Arena de Nouakchott dans le quartier de Basra  à une quinzaine de minutes de voiture du centre ville de la capitale. Dans cette ville surgie du désert, qui est passée de 8 000 à un million d’habitants en l’espace de 50 ans, le mini-stade a été construit derrière l’ancien cinéma Saada aujourd’hui transformé en marché.
 
 
Pourtant, l’Inter Arena ne désemplit pas et accueille jusqu’à 2000 personnes sur ses gradins bleus et jaunes pour des matchs de futsal très disputés. Ce football à 6 qui se joue sur un mini-terrain se dispute en salle en Europe et en plein air ici, sous le soleil accablant de Nouakchott ou à la lueur des projecteurs jusqu’à minuit tous les soirs.
 
 
Ce stade est le fruit d’une initiative privée et les équipes louent l’enceinte pour des sessions d’une heure ou deux. Elles bénéficient également de la possibilité de faire filmer les rencontres qui se retrouvent ensuite sur la page Facebook de l’Inter Arena. Une page qui compte 14 000 fans à la date de rédaction de cet article, soit plus que celle de la télévision nationale de Mauritanie (12 000 fans).
 
L’équipe de l’Inter Arena a compris tout le pouvoir de la vidéo et des réseaux sociaux et a même créé son propre championnat: le championnat Wagadou qu’elle organise, filme et diffuse elle-même.
 

 
Le défi peut pourtant sembler audacieux dans un pays où moins de 20% des 4,5 millions de Mauritaniens disposent d’un accès à internet, selon Internet World Stats. Un chiffre sans doute sous-évalué car 84% des habitants disposent d’un abonnement au téléphone mobile (source Banque mondiale) et on constate dans les rues de Nouakchott et même sur le port que les pêcheurs ou les vendeuses de poisson sont équipés de smartphones. La Mauritanie n’en reste pas moins à la 137e place mondiale pour la bande passante mise à la disposition de chaque internaute dans le pays, selon l’Union internationale des télécommunications.
 
 
L’audience de cette “web-télé” dédiée au futsal n’est pas encore massive mais elle capte l’attention et grignote peu à peu le temps consacré à la télévision. Et elle ouvre la voie à d’autres initiatives dans le domaine du sport, de la culture, des arts, des sciences et pourquoi pas, de la politique, où des organisations diverses ont l’opportunité de produire elles-mêmes leurs propres vidéos et de conquérir leur propre audience.
 
Dans ce contexte, les télévisions “traditionnelles” ont du souci à se faire sur le continent. Faute de renouveler leurs contenus et leur approche de la vidéo, elles risquent fort de voir leurs audiences déserter peu à peu (le mouvement est déjà engagé) les rendez-vous que ces télés tentent encore de fixer (journal télévisé ou émissions) alors qu’une partie chaque jour plus importante de leurs téléspectateurs a les yeux rivés sur son smartphone.