Blogs vidéo : une esthétique de la transparence

Les vidéos tournées par les bloggers sont-elles en train d’inventer les nouveaux signes d’une écriture par l’image ? On peut se le demander en regardant par exemple, en France, les vidéos postées sur son blog par Loïc Le Meur (ici et par exemple).

Loïc Le Meur et Jeff JarvisLe premier plan d’une vidéo montre le blogger en train de retirer son doigt du bouton « record » et affiner le cadrage avant d’entamer la dialogue. De la même manière, les dernières images montrent le blogger s’approchant de la caméra pour appuyer sur le bouton « stop ».

On peut imaginer des tas de mauvaises raisons pour expliquer ce choix. Le blogger dispose-t-il d’un logiciel de montage ? A-t-il le temps d’effectuer un montage ? A-t-il même le temps de regarder une vidéo de plus de 30 minutes avant de la mettre en ligne ? On peut imaginer que faute de temps, c’est le fichier brut qui est mis en ligne de sa première à sa dernière seconde.

Même si les « mauvaises » raisons éditoriales prévalent pour expliquer ce choix, le fait que la chose ait été jugée faisable par un auteur soucieux de son image appelle une analyse plus fine.

Qu’est-ce que ce choix formel nous suggère ? Tout simplement que l’on ne nous cache rien. Ce que j’ai filmé, je vous le livre tout entier, sans retouche, sans montage (sous entendu sans biais) vous laissant la liberté de vous faire votre propre opinion, semble nous signifier le blogger. C’est l’idée d’une transparence totale aussi fictive qu’ostentatoire mais qui semble bien en accord avec l’état de défiance qui prévaut souvent vis-à-vis des productions journalistiques habituelles plus formatées.

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Un commentaire

  1. Le 6 février 2007 à 19:07 | Permalien

    Olivier Aïm a très bien décrit comment les sites internet rendent visible la transparence (Dossier Internet Optique du monde, « la transparence rendue visible, Communications & langage mars 2006), un paradoxe, n’est-ce pas.
    Pour moi l’usage de la vidéo va dans ce sens. Je suis bien sûr en phase avec ce que vous dites sur « l’ostention du brut », et sa fonction de réassurance. par ailleurs je pense qu’il y à creuser, en propre, l’idée de l’image comme accès sans médiation au corps du politique et à une forme de vérité. Natacha Quesmer Sémaon dit qu’on voit mieux s’ils sont sincères, quand on les filme de près avec un petit appareil portable. Malgré la sympathie que j’ai pour son entreprise, évidemment l’hypothèse d’une camera capteur sensitif des ondes de l’honnêteté est déopilante.

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